Des hommes de haute valeur morale, par Vincent Giovannoni

Vincent Giovannoni est conservateur en chef du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille (Mucem). Initialement ébéniste, charpentier puis skipper, ses voyages l’ont amené à étudier l’ethnologie. Après avoir soutenu une thèse de doctorat, il a travaillé pour l’Union européenne avant d’intégrer le ministère de la Culture. Ce parcours atypique l'a conduit aujourd'hui à devenir lieutenant-colonel de réserve citoyenne à la Légion. 

Nombre de mes ascendants ont été militaires au service de la France, depuis les premières armées de la Révolution française jusqu’aux conquêtes coloniales du XIXe siècle.

Au terme de mes études, les hasards de la vie m’ont amené à faire le choix d’intégrer le ministère de la Culture, il y a plus de vingt-cinq ans. Pour ce ministère, mais aussi pour le ministère des Affaires étrangères, j’ai voyagé et travaillé dans de nombreux pays en Amérique latine, en Afrique (de l’Ouest, du Sud et de l’Est) ainsi que dans l’océan Indien. Lors de ces voyages, l’occasion m’a été donnée à plusieurs reprises d’échanger sur le terrain  (en Guyane, puis à Mayotte) et enfin, ces dernières années, à Puyloubier et à Aubagne avec quelques officiers de la Légion. À chaque fois, sans exception, j’ai rencontré des hommes de haute valeur morale, défenseurs exemplaires de l’idéal républicain.

Peu à peu, j’ai réalisé que je partageais avec eux les valeurs qu’ils défendent à tout instant au péril de leur vie. Au moment où j’ai réalisé que je ne faisais à peu près rien en contrepartie de leur engagement total à défendre la République, j’ai demandé à intégrer la réserve citoyenne. Tant pour mettre mon expérience au service de la Légion que par admiration pour ce qu’elle accomplit avec efficacité et discrétion, avec élégance et altruisme, sans jamais reculer sur ses valeurs.

En tant que conservateur du patrimoine, après avoir longtemps été ethnologue, mon métier est celui des musées d’histoire et des musées de société, lesquels ne sont ordinairement, hélas, que les lieux d’une mémoire en train de s’effacer. Des espaces dédiés au renoncement : musée de la mine, du luthier, du tisserand ou de la charentaise… À contrario, c’est dans l’enceinte du musée de la Légion étrangère à Aubagne que le légionnaire reçoit son premier contrat puis, des années plus tard, son certificat de bonne conduite qui lui permettra, homme accompli, de poursuivre le chemin de sa vie en restant fidèle au code d’honneur du légionnaire.  Cette singularité fait que le musée de la Légion étrangère est un espace bien vivant, un espace nécessaire entièrement dédié à maintenir vive l’âme légionnaire.

À Aubagne, à Puyloubier,  l’esprit de corps qui anime chaque légionnaire prend la forme des lieux. La commémoration annuelle de Camerone, moment solennel accordé à la mémoire et à la valeur des anciens, rappelle à tous ces hommes au départ si différents, de toutes catégories sociales et venus de tant de pays, qu’ils sont unis dans une même fraternité, rêve des philosophes depuis l’antiquité.

Dans une France désemparée où des énergumènes sans foi ni loi n’hésitent plus à s’attaquer aux simples citoyens, aux fidèles dans les églises et aux représentants de l’État pour attenter aux valeurs de notre culture, il est de première importance de faire corps autour des piliers de notre République. Pour la défendre avec ardeur certes, mais aussi avec tout l’amour que nous lui portons. La période que nous traversons est trouble et, dans ces moments d’incertitude, il est heureux d’avoir à disposition quelques lieux de mémoire où notre histoire et notre projet civilisationnel peuvent être rappelés de manière claire.

Un point de départ, et une ligne pour savoir vers où aller. Le philosophe Nietzsche a pu écrire en son temps : “notre atmosphère était chargée d’orage, la nature que nous sommes s’obscurcissait car nous n’avions pas de chemin. Voici la formule de notre bonheur : un oui, un non, une ligne droite, un but…”. Les pilotes de navire comme les artilleurs connaissent l’usage de l’alidade pour défi nir un but et la ligne qui y mène. Les musées ont précisément pour fonction d’être les lieux d’une mémoire où défi nir un point d’origine et pour tracer une orientation. À l’heure où certains travaillent à déconstruire le récit du passé qui fait la grandeur de notre patrie, l’esprit de corps de la Légion peut être un modèle puissant pour nous réunir et être plus forts, plus sereins, plus heureux. Ensemble, sans distinction d’origine nationale, ethnique ou religieuse.

Pour contribuer à préserver et à valoriser le patrimoine culturel de la Légion étrangère, j’ai proposé d’apporter mes compétences en emboîtant modestement le pas de ceux qui travaillent chaque jour dans les équipes du COMLE, et en particulier de la DRP.  Ayant l’honneur d’être agréé dans la réserve citoyenne, je me dois maintenant d’aider à mieux faire connaître les hautes valeurs humaines (et pas seulement militaires !) de la Légion étrangère,  héritière et pilier fondamental de l’universalisme républicain. 

Depuis hier jusqu’à demain. More Majorum.

 

Vincent Giovannoni

Lieutenant-colonel de réserve citoyenne - Légion étrangère. 

 

| Ref : 720 | Date : 01-03-2021 | 1910