Légion : la «13» installe sur le Larzac le premier camp militaire «vert»

Le ministre de la Défense a signé vendredi une convention-cadre sur la préservation environnementale au Larzac, haut lieu du combat écologiste des années soixante-dix, où vient de s'installer un régiment de la Légion étrangère.

 

Par Alain Barluet | Publié le 22/10/2016 à 13:48 | Le Figaro

Un camp militaire respectueux de l'environnement et adossé à un modèle de développement durable: le projet inédit a été formalisé vendredi par la signature d'une convention entre le ministère de la Défense et le Parc naturel régional des grands Causses. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'est rendu pour l'occasion sur le plateau du Larzac où les militaires sont de retour. La 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE), stationnée précédemment aux Emirats arabes unis, a commencé de s'installer depuis le printemps 2016 sur le camp du Larzac, enjeu emblématique de manifestations écologistes et antimilitaristes au cours des années soixante-dix.

«Le retour des militaires au Larzac pouvait ne pas aller de soi. Il faut que cette implantation soit exemplaire et symbolique dans tous les domaines», a dit Jean-Yves Le Drian qui a visité les infrastructures du camp dont la construction s'étalera jusqu'en 2020, et assisté à des exercices de tir. Avec l'accueil des familles et l'intégration des militaires, pour la plupart d'origine étrangère, l'environnement a été érigé au rang de priorité. La convention-cadre signée par le ministre de la Défense recouvre une série d'actions concrètes, telle que la valorisation du chauffage au bois, un modèle prôné par nombre d'acteurs locaux mais auquel il manquait jusqu'à présent la «masse critique» qu'apportera désormais la présence d'un régiment de 1300 militaires à l'horizon 2018 (ils sont 640 actuellement).

La convention prévoit également un volet sur la protection de la biodiversité et la sécurisation des ressources en eau. Par ailleurs, pour leur approvisionnement en produits agroalimentaires et leur restauration, les militaires du Larzac privilégieront les filières en circuit-court et le modèle d'agriculture biologique caractéristique du Larzac. Le document évoque également des autorisations temporaires d'utilisation du camp pour le pacage du bétail. Certaines parcelles situées au-delà de la route circulaire qui ceinture le camp d'entrainement (plus de 3200 hectares au total), non-utilisées par les militaires, devraient être rétrocédées. Enfin, le patrimoine sera valorisé sur le camp, avec notamment la préservation d'anciennes fermes traditionnelles d'un hameau, certes «sous réserve de compatibilité avec les activités opérationnelle de tir».

Opposition marginale

«Notre modèle d'agriculture bio et de transformation des produits agricoles n'est en rien remis en cause par l'arrivée du contingent de légionnaires», a assuré Alain Fauconnier, le président du Parc naturel régional des grands Causses, qui a co-signé vendredi la convention-cadre. «Tous les contacts entretenus avec l'ensemble des militaires arrivés sur le site montrent leur volonté d'encourager, d'accompagner ce modèle d'agriculture paysanne et en rien de la contrarier», a-t ajouté.

Décidée en 2015, l'implantation au Larzac de la 13e DBLE a fait l'objet de nombreuses consultations avec les partenaires locaux. Les oppositions au projet sont restées marginales, notamment de la part de quelques irréductibles, la plupart des acteurs, toutes étiquettes politiques confondues, y voyant surtout des opportunités économiques pour un territoire où commerces et services publics menaçaient de péricliter. Rien à voir avec l'effervescence des années soixante-dix où l'extension du camp militaire suscitait des manifestations restées dans les mémoires. Vendredi, les élus locaux ont même proposé à Jean-Yves Le Drian d'installer au Larzac une implantation du service militaire volontaire (SMV), en cours d'expérimentation dans trois centres en France, et qui s'adresse à des jeunes en difficulté.

Créée en 1940 à Sidi Bel Abbès, berceau de la Légion, et regroupée quelques semaines sur ce même camp du Larzac avant de s'embarquer pour la Norvège et prendre Narvik, la 13e DBLE a combattu en Afrique, notamment à Bir-Hakeim et El-Alamein. Elle a ensuite débarqué en Provence et fait toute la campagne de France, jusqu'à la libération de Colmar. Quatre-vingt-dix-sept des 1038 compagnons de la Libération sont issus de ses rangs. Elle a ensuite été engagée en Indochine et en Algérie. La «13» a été basée à Djibouti de 1962 à 2011 puis à Abu Dhabi, jusqu'en 2016.

| Ref : 518 | Date : 22-10-2016 | 10004